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Presse

MARS  2018

INFERNO

"Ça occupe l’âme",  le théâtre déroutant de Marion Pellissier

Le texte écrit et mis en scène par Marion Pellissier, présente un huis-clos à deux personnages. Il s’agit d’un couple séquestré sans raison apparente. Ce couple a eu ses instants de bonheur et de fragilité ; instants que les deux personnages essaient sans cesse de ne pas oublier parce que face au temps qui passe et au vide auquel ils sont soumis dans leur cellule, ils perdent la mémoire. Ils s’efforcent ainsi de remplir le vide, de se soutenir l’un l’autre par la force des souvenirs autrement dit par ce qui les rend encore humains et uniques : le fait d’avoir une histoire, une culture, une existence. Surtout ne pas oublier d’être humain malgré le pire, malgré un temps présent qui désenchante, qui fait peur. Pensée qui dépasse largement le cadre de l’enfermement puisqu’on parle aussi de terrorisme de maladies, de la mort.

Face à la mort, la vie ou la survie du couple presque nu. Les acteurs se dévoilent dans un corps à corps sensible et sincère. Le corps tient d’ailleurs une place première dans ce théâtre intime et violent à la fois. Il nous donne à entendre la subtilité d’un langage, celui de Marion Pellissier, collaboratrice de Cyril Teste, et la pertinence du jeu des acteurs Julie Mejean et Florian Bardet. Ces derniers nous emportent dans une interprétation délectablement simple et juste. Ils offrent un texte au fond dramatique mais non sans légèreté. C’est que les êtres s’aiment et l’amour, le couple, défie le cadre de leur emprisonnement. Dans l’adversité demeurent le partage, l’attention, l’espoir. Reste que peu à peu s’immiscent le doute et la solitude. Car ici où la menace est si proche, jusqu’où l’amour nous protège ? Jusqu’où connait-on l’autre ? À partir de quand commence la solitude ou a-t-elle toujours été ?

Le texte s’interroge sur la permanence ou l’impermanence des hommes dans le drame ; une question emmenée dans une pièce autant théâtrale que cinématographique. C’est que la vidéo et le son font partie intégrante de l’œuvre. Bien plus qu’un décor, la création technique est comme un autre personnage, un autre regard tendu avec virtuosité aux spectateurs. Pour les comédiens, c’est un langage à part entière auquel ils répondent. S’installe un dialogue poétique entre écriture dramatique et création technique. Tous favorisent paradoxalement l’imprégnation d’une douleur et la mise à distance avec celle-ci, comme une beauté toujours à vivre, à se représenter. C’est alors un théâtre déroutant et radical sur la condition humaine, un peu sur l’héritage de Sarah Kane, que nous rencontrons avec Marion Pellissier et La Cie montpelliéraine La Raffinerie. C’est un théâtre que nous espérons comme une promesse : pourvu qu’il touche, pourvu qu’il ait sa place.

Aude Courtiel

DÉCEMBRE  2017

SCENEWEB

Ça occupe l’âme : LE SOMBRE JOYAU D'IMPATIENCE

Le huis clos de Marion Pellissier ressort du Festival Impatience sans récompense. Il n’en est pas moins la proposition la plus singulière et aboutie. Une belle découverte.

Comme Méduse du collectif Les Bâtards dorés, lauréat des prix du jury et du public du festival Impatience, Ça occupe l’âme de Marion Pellissier se situe dans un lieu intermédiaire entre la vie et la mort. Dans un espace coupé du monde, où les pulsions naturelles menacent de prendre le dessus sur la raison et sur le langage qui en témoigne. Sur la mémoire aussi, qui échappe aux deux protagonistes enfermés dans une étrange cellule toute accidentée. Comme après une catastrophe dont on n’apprendra rien. Pas plus qu’on ne saura pourquoi ni par qui le couple incarné par Julie Méjean et Florian Bardet est enfermé. Ni d’ailleurs s’il l’est réellement, ou seulement dans un cauchemar. Dans ses pensées noires.

Les limbes de La Raffinerie, compagnie fondée en 2006 par Marion Pellissier et Julien Testard, sont donc très différents de ceux des Bâtards dorés. Plus métaphysiques, mais aussi imprégnés des codes d’un certain cinéma de genre : celui du huis clos d’épouvante ou de science-fiction – invisibles, les bourreaux peuvent aussi bien être des criminels curieux que des extraterrestres. Plus sombres également, la solitude du couple créant une sensation d’oppression que, même mise au service d’un sujet tragique, la dynamique du collectif a tendance à atténuer. Pour preuve les résultats du Festival Impatience, la radicalité de Ça occupe l’âme n’est pas de celles qui font consensus.

Aussi ouvert à l’interprétation que ses personnages sont cloîtrés, cet objet théâtral que l’on se plaît à ne pas pouvoir identifier prolonge la recherche de Marion Pellissier sur les rituels de la solitude. Sur les mots et les gestes de l’enfermement. Comme la protagoniste de Record (2013), la première pièce de l’auteure et metteure en scène, et le couple de Pleine (2015), l’homme et la femme de cette nouvelle création remplissent leur temps par des jeux dont ils ne tirent aucun plaisir. Tout au plus un apaisement momentané, avant le retour de l’angoisse. Ils mettent au point des méthodes pour se rappeler de leur quotidien d’avant. Notent des mots sur le sol et se racontent des pseudo-souvenirs qui leur échappent et qu’ils ne cessent de reformuler. De réinventer.

En mouvement perpétuel sur leur plateau miniature, presque nus, Julie Méjean et Florian Bardet sont impressionnants de précision et d’intensité dans le déroulement de récits et de crises qui composent le spectacle. Si dans l’utilisation des vidéos de Nicolas Doremus et de Nicolas Comte, régulièrement projetées au fond de la cellule ne sont pas filmées en direct, on reconnaît l’influence des performances filmiques de Cyril Teste – Marion Pellissier est son assistante à la mise en scène et sa collaboratrice artistique, notamment sur Nobody et Festen – l’écriture et les enjeux de la pièce sont tout autres. Du côté de l’urgence de dire et de lutter contre la fragmentation de l’être. Contre tout ce qui menace la pensée et les libertés.   -   Anaïs Heluin 

DÉCEMBRE  2017

THÉATRE ACTU

« CA OCCUPE L’ÂME »  Soubresauts de souvenirs amnésiques 

Repasser en revue des bribes de souvenirs. Se réfugier dans ses cavités mentales. Quand le nom d’une mère devrait être la bouée à laquelle s’accrocher pour lutter contre l’oubli, celui-ci devient aussi périssable qu’un mot tracé à la craie. Un homme et une femme, séquestrés et observés en permanence, presque ravis à leur mémoire, luttent pour survivre et ranimer leur identité friable, remodelant chaque jour leur passé. Les personnages, tanguant entre lucidité et délire, se livrent à des dialogues asymétriques où leurs souvenirs s’échangent et se superposent. Tout au long du spectacle, le spectateur collecte et trie les récits, essaie de glaner des indices sur leur relation amoureuse, ignorant tout de la raison et de la durée de leur enlèvement ainsi que de l’identité de leurs ravisseurs qui semblent mettre à mal leur perception temporelle. Ces deux êtres anonymes deviennent étrangers l’un à l’autre. L’auteure et metteuse en scène Marion Pellissier, invite le spectateur à pénétrer dans l’intériorité du couple jusqu’à ce qu’il s’approprie presque leurs souvenirs rabâchés en boucle.

Prisonniers d’une cage aux parois imaginaires et pourtant tangibles grâce au dispositif sonore et à l’écran, les interprètes évoluent dans une scénographie matérialisant l’aspect parcellaire de la mémoire, par le biais d’un carrelage fragmenté et d’une lumière fractale. La mise en scène, qui place le public dans l’œil intrusif du voyeur, s’appuie sur un travail sonore saisissant pour laisser entendre les pensées qui les habitent par instants. Projecteurs aveuglants, crissements de craie, et réverbération des voix, tout concourt à désorienter le spectateur, tiraillé entre le discours scénique et le discours vidéo pour ressouder les flashbacks entre eux et démêler les souvenirs authentiques des souvenirs artificiels. L’atmosphère oppressante est à son comble, à grands renforts de bruitages parasites et d’une lumière plongeante pour figurer la présence de leurs ravisseurs. Dans cette pièce à forte dimension cinématographique, la vidéo ne se cantonne pas à une fonction illustrative, loin s’en faut. L’image filmique, signée Nicolas Doremus et Nicolas Comte, réalisée en direct, pré-enregistrée ou accélérée bouscule présent et passé, jongle entre apparitions et disparitions à l’écran et varie les plans et les échelles. Les images parfois abstraites donnent à voir l’état intime et les réminiscences des protagonistes et font partie intégrante de la narration. La comédienne Julie Mejean, à travers ses bégaiements, ses déplacements déséquilibrés ou son corps androgyne et tremblant qu’elle recroqueville et pétris à sa guise, communique avec succès l’angoisse de la situation. Le jeu plus contenu de Florian Bardet apporte le contrepoint attendu à la tension de l’intrigue – de quoi souffler un peu. La narration ne résout pas les interrogations du public, à l’issue du spectacle le doute demeure, la présence des ravisseurs est-elle réelle ou la cage n’est-elle qu’une métaphore de l’érosion de nos souvenirs sous l’effet du temps ?

Une pièce prometteuse pour ce Festival Impatience, questionnant les espaces-mentaux et l’impermanence du souvenir.  -  Esther RENIER

DÉCEMBRE  2017

TÉLÉRAMA Sortir

"ECRIRE SA PROPRE HISTOIRE - Cette génération n’a donc pas le gout des classiques. Elle veut écrire elle-même ses histoires. « Je serais incapable de monter une pièce qui ne serait pas de moi » affirme Marion pellissier dont le huis clos au parfum de thriller (ça occupe l’âme) voit s’affronter une femme et un homme séquestrés. « certains théâtre parlent du monde en regardant tous les hommes, d’autres le font en regardant l’homme de très près. j’ai choisi la deuxième solution »: Marion Pellissier synthétise de manière limpide une approche partagée par ses camarades féminines (du festival Impatience). "  -  Joëlle GAYOT

JANVIER 2015

La GAZETTE

Montpellier

« La jeune auteure et comédienne montpelliéraine Marion Pellissier signe sa deuxième mise en scène avec : PLEINE qui raconte l’histoire d’une future maman qui communique avec son bébé grace à une sonde échographique. Tout est là pour rassurer la mère et l’enfant. Et pourtant, la peur rode… Une oeuvre sensible sur une naissance qui ne vient pas, ses effets dans la vie d’une femme. PLEINE, par le style, le jeu de ses acteurs, mérite votre attention. Que vous soyez ‘Elle’, que vous soyez ‘Il ‘. »     

OCTOBRE  2013

VENTDART

« La qualité des mots… Ses mots m'ont fauché. Et la douceur des images… La nature qui ouvre un champ de vision complémentaire, une perspective.  

Marion Pellissier m'a saisi une deuxième fois lors du festival Texte En Cours. Un texte fragile sur une grossesse qui n'en finit pas, rythmé comme un polar.  RECORD est une entrée dans un monde fantomatique. Marion nous souffle les mots des greniers de nos âmes. Dans une mer émotionnelle. Elle nous plonge dans un univers du connu, du passé mais si présent.»  -  Sylvie LEFRERE 

MARS 2013

Festival HYBRIDES 5

« Marion Pellissier est une promesse. Son premier spectacle professionnel, depuis sa sortie de formation d’actrice à l’ENSAD de Montpellier, affole les radars sensibles des tours de contrôle artistiques. En un tour de passe-passe, Marion Pellissier, nous rappelle qu’il faut se méfier de nos certitudes. Elle sait écrire des mots face à ses images. Des mots effrayants, nostalgiques, fantasmatiques. Ses mots nous enveloppent et produisent un théâtre atmosphérique à la dramaturgie éclatée où l’histoire ne se dévoile que par miettes, par débris, laissés à reconstruire comme un puzzle. »  -  Julien BOUFFIER